Maule 21

La parité contre la République

lundi 3 mars 2014 Maule21

Personne ne peut soupçonner Natacha Polony d’antiféminisme. Au contraire. Mais elle démontre dans cet article intelligent combien le dogmatisme des gens qui nous gouvernent peut conduire à prendre des décisions profondément stupides. Pour avoir fait moi-même l’exercice, toute cette réflexion est le parfait reflet de la réalité.

La parité contre la République

Natacha Polony*

Un mois. Il reste un mois avant le premier tour des élections municipales, quelques jours avant la clôture du dépôt des listes, et quiconque se promène dans les petites communes rurales de France, constate un affligeant phénomène :
une pénurie de candidats qui prive parfois les électeurs de la possibilité même d’un choix. Une seule liste, voire aucune. La moitié des communes de plus de 1 000 habitants, dans le département de l’Indre, sont privés de liste. En Indre-et-Loire, le vide est également impressionnant. Dans les Deux-Sèvres, c’est un tiers des communes qui attend toujours une liste.

Il y a, bien sûr, la lassitude de ces élus obligés de perdre un temps considérable en tâches administratives pléthoriques, leur peur, aussi, de la judiciarisation d’une fonction rendue juridiquement responsable du moindre dysfonctionnement, matériel usagé, accident malheureux...
Mais il y a surtout la parité qui s’applique désormais aux communes dès 1000 habitants.

Formidable idée, la parité. La France ne compte que 14 % de maires femmes. Et pourtant, qui doute qu’il puisse se trouver en France nombre de femmes qui administreraient avec talent et ferveur leur ville ? Formidable idée, mais qui, comme tous les dogmes, se révèle profondément dangereuse quand on l’applique sans discernement.

Dans toutes les petites communes de France, on voit actuellement des conseillers municipaux respectés et appréciés rayés brutalement des listes parce qu’il faut soudainement faire de la place aux femmes. Faire de la place ? Non. Trouver par miracle des femmes qui acceptent de voir leur nom couché sur une liste. Les sœurs, les cousines sont mises à contribution. On fait les maisons de retraite pour convaincre telle vieille dame d’apparaître en position non éligible, parce qu’il faut remplir les quotas.

En arriver à de telles extrémités pour satisfaire aux exigences d’une loi imposée sans discernement et sans compréhension des réalités des petites communes est non seulement une aberration. C’est surtout une négation de la notion républicaine de mérite qui implique que les citoyens élisent ceux
qui leur semblent les plus compétents pour chaque poste. C’est donc tout notre compromis politique qui est en danger à un moment où la méfiance envers le politique n’incite pas nos compatriotes à se rendre aux urnes.

On connaît bien sûr l’argument : si la loi n’oblige pas, rien n’évoluera et les femmes ne seront pas davantage représentées dans les conseils municipaux. Certes. Mais l’aberration qui consiste à introduire des quotas contraignants sans tenir compte des réalités va une fois de plus convaincre certains que l’on promeut l’incompétence. Pire, l’aberration de ce système fut totale quand le parti de Nicolas Dupont-Aignan, Debout la République, fut condamné à une amende de 100 000 euros pour avoir présenté plus de 50% de femmes aux élections législatives. Un comble ! Et l’on ne poussera pas la taquinerie jusqu’à demander où se classeront les candidats « transgenre »que la modernité ne manquera pas de faire surgir...

Les adeptes des quotas et de l’égalité décrétée comprendront-ils un jour que c’est par leur volonté que les femmes s’imposeront. C’est quand on se mettra enfin à penser l’éducation des filles, non pas pour rééduquer les petits garçons en les incitant à aimer les poupées mais en proposant aux petites filles des modèles identificatoires (femmes ou hommes) qui leur enseigneront l’ambition, au sens le plus noble de ce terme : l’appétit de savoir et l’envie de progresser, voire de conquérir. C’est aussi par un statut de l’élu prenant en compte l’envie de certaines de ne pas sacrifier leur vie de famille, par un refus du cumul des mandats (dans le temps surtout : un mandat renouvelable une fois) qui libérera mécaniquement des.places et développera chez nos édiles la culture de la transmission...

Les solutions existent, elles sont nombreuses. Et elles seront toujours plus bénéfiques à la démocratie que le spectacle pitoyable du porte-à-porte de remplissage des listes. Car l’idée d’égalité ne vaut que dans le respect d’un principe fondamental de la République : le fait de ne pas distinguer entre les citoyens en fonction de leur sexe, de leur origine ou de tout autre critère, mais uniquement en fonction de leurs qualités individuelles et de l’idéal collectif qu’ils défendent.

Natacha Polony

article paru dans Le Figaro daté du samedi 1er-dimanche 2 mars 2014

* Natacha Polony est titulaire d’un DEA de poésie contemporaine et agrégée de lettres modernes.
Elle a d’abord enseigné puis a démissionné de l’Education Nationale pour devenir journaliste après avoir été diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris. (Wikipédia)


Vous avez une question, une suggestion ?

Utilisez l'onglet "contact" en haut du site

L'équipe de Maule21 se fera un plaisir de vous répondre en ligne dans les meilleurs délais

Derniers articles
Accueil du site | Contact | Mentions légales | | visites : 83685

Suivre la vie du site Notes de lecture